Noémi-Rouhama *

Témoignage de Christine


Chère Noémi,
chère cousinette !

Quand est-ce qu’on sent que le moment est venu ? Quand est-ce qu’on réalise que la vie devient trop lourde ? C’est une question que je me pose régulièrement, surtout quand la nouvelle d’une disparition volontaire comme la tienne me parvient. Nous ne nous connaissions pas beaucoup, toi et moi, je n’ai donc pas suivi de près ton cheminement de ces dernières années. Nos amis communs allemands, proches de toi, me racontaient vos moments de partage, et les messages ou le contact avec tes parents nous faisaient un peu participer à ta vie. J’ai surtout le souvenir d’une cousine globe-trotter, se sentant attirée par la langue et les pays germaniques. Tu t’étais plongée dans la langue allemande pour en faire une partie de toi-même.

Où es-tu en ce moment ? La foi chrétienne prétend qu’il y a une vie après la mort, chose que nous ne pourrons jamais prouver, mais qui donne espoir. Pendant un stage de préparation pour accompagner des malades à la fin de leurs vies, on nous a fait faire un exercice mental. Allongés par terre, on nous a demandé de fermer les yeux et de nous concentrer sur les images qui surgiraient spontanément au moment d’entendre prononcer les situations suivantes : où nous voyions-nous sachant qu’il ne nous resterait qu’une semaine de vie ? Que ferions-nous ? Qu’est-ce qui perdrait de l’importance ? Et s’il ne restait qu’un dernier jour ? Une dernière heure ? Puis au moment de la mort, que se passerait-il ? Et enfin : où nous voyions-nous après la mort ? J’avoue que ce genre d’exercice n’est en général pas de mes préférés, mais je m’y suis quand-même plongée mentalement, et je me suis vue « après ma mort » flottant au-dessus des miens, pleine d’amour et de lumière. Ce moment m’a paru très fort et consolant, et cette espérance ne me quitte plus depuis. L’idée que je ne serais pas partie, que je resterais présente, tel un bon esprit... Toutes les « mesquineries » de la vie quotidienne n’auraient plus aucune importance. N’est-ce pas une belle image ? Ne prétend-on pas que des fois, on sent la présence d’un être proche ou d’un ange ? Serait-ce en fait l’esprit du disparu qui reste proche et qui nous bénit ?

La vie reste un trésor précieux et fragile. La frontière entre le bonheur et le malheur, la borne qui sépare les moments d’allégresse et de tristesse reste très étroite. Qu’est-ce qu’une vie heureuse ? C’est peut-être l’art de mettre de la lumière dans son verre d’eau, d’y voir la beauté et de réaliser que même si ce n’est pas facile tous les jours, le rayon de soleil qui caresse ma peau peut me donner de la chaleur. Tu avais besoin de lumière, Noémi, et tu sembles avoir perdu le réflexe de savoir où se trouvait l’interrupteur pour l’allumer quand l’obscurité envahissait ton entourage. Pourtant, beaucoup de tes amis et ta famille étaient prêts à te soutenir, à te montrer où tu pourrais à nouveau sentir le rayon de soleil sur ta peau. On t’en veut un peu de ne pas nous avoir donné l’opportunité de profiter de ta présence et de tes dons plus longtemps. C’est tellement difficile, pour ceux qui restent, de comprendre qu’on n’arrive même plus à appeler au secours, mais je pense que tu cherchais cette lumière et que tu l’as trouvée d’une autre manière. Oui, je suis convaincue que là où tu es, tu l’as retrouvée. Tu nous regardes, et tu es toi-même lumière et amour. Tu resteras présente, tu t’es transformée en esprit de bonté, et nous sommes tous reconnaissants d’avoir eu le bonheur de t’avoir eue le temps que tu as bien voulu partager avec nous.

Profite bien de cette paix, de cette lumière, et peut-être arriverons-nous à t’y retrouver un jour.

Adieu - Christine


Liebe Noémi,
Liebes Kusinchen!

Wann spürt man, dass die Zeit gekommen ist? Wann merkt man, dass das Leben unerträglich wird? Diese Frage stelle ich mir sehr oft. Vor allem, wenn mich eine Nachricht erreicht, dass jemand, so wie du, freiwillig aus dem Leben geschieden ist. Wir beide wissen nicht viel voneinander und ich habe deinen Weg in den letzten Jahren nicht genau verfolgt. Unsere gemeinsamen deutschen Freunde, die dir nahe standen, haben mir von euren gemeinsamen Momenten und den Nachrichten erzählt, wo der Kontakt mit deinen Eltern uns etwas an deinem Leben hat teilhaben lassen. Ich erinnere mich vor allem an eine Kusine, die sich als Globetrotter von germanischen Ländern und deren Sprache angezogen fühlte. Du bist in die deutsche Sprache eingetaucht, um sie zu einem Teil deiner selbst zu machen. 

Wo bist du in diesem Augenblick? Der christliche Glaube besagt, dass es ein Leben nach dem Tod gibt, etwas, das wir wohl niemals wissen werden, aber etwas, das Hoffnung spendet. Während einer vorbereitenden Schulung zur Begleitung von Kranken am Ende ihres Lebens, mussten wir eine geistige Übung ausführen. Auf dem Boden liegend sollten wir unsere Augen schließen und uns auf die Bilder konzentrieren die spontan entstehen, wenn wir eine der folgenden Situationen zu hören bekommen: wo sähen wir uns, wenn wir nur noch eine Woche zu leben hätten? Was würden wir tun? Was würde seine Bedeutung verlieren? Und wenn es nur noch Tag wäre? Eine letzte Stunde? Und dann, zum Zeitpunkt des Todes, was würde geschehen? Und schließlich: wo würden wir uns nach dem Tod sehen? Sicherlich steht diese Art von Übung im Allgemeinen bei mir nicht an erster Stelle, aber ich fand mich in ihr trotzdem geistig entführt und ich sah mich "nach meinem Tod" über den Meinen schweben, erfüllt von Liebe und Licht. Dieser Augenblick erschien mir sehr intensiv und friedlich und diese Hoffnung hat mich seitdem nicht verlassen. Der Gedanke, nicht gegangen zu sein, dass ich weiterhin da sein werde, wie ein guter Geist... All die „Kleinlichkeiten“ des täglichen Lebens würden unbedeutend sein. Ist das nicht eine schöne Vorstellung? Meinen wir nicht manchmal die Gegenwart eines geliebten Menschen oder eines Engels zu spüren? Könnte dies nicht der Geist des von uns Gegangenen sein, der uns nahe bleibt und uns segnet? 

Das Leben bleibt ein kostbares und zerbrechliches Gut. Der Grat zwischen Glück und Unglück, die Grenze, welche Freud und Leid voneinander trennt, ist sehr schmal. Was ist ein glückliches Leben? Es ist vielleicht die Kunst sein Glas Wasser mit Licht zu füllen, um dort die Schönheit zu sehen und zu erkennen, dass auch wenn es nicht immer einfach ist, der Sonnenstrahl, der meine Haut streichelt, mir Wärme spendet. Du brauchtest Licht, Noémi und es scheint, dass du das Gefühl dafür verloren hast den Schalter zu finden, um es wieder hell werden zu lassen, als die Dunkelheit in deine Umgebung eindrang. Viele deiner Freunde und deine Familie wollten dir beistehen und dir zeigen, wo du erneut den Lichtstrahl auf deiner Haut spüren könntest. Es ist nicht richtig, dass du uns nicht die Gelegenheit gegeben hast deine Gegenwart und deine Gaben länger zu erfahren. Es ist dermaßen schwer für jene die Verblieben sind zu verstehen, dass selbst für einen Hilferuf keine Zeit mehr war, aber ich glaube, dass du dieses Licht aufspüren wolltest und dass du es auf eine andere Weise gefunden hast. Ja, ich bin davon überzeugt, dass du es dort wo du bist gefunden hast. Du schaust nun auf uns und bist selbst das Licht und die Liebe. Du wirst gegenwärtig bleiben, du bist zum Geist der Güte geworden und wir alle sind dankbar für das Glück mit dir die Zeit verbracht zu haben, die du mit uns teilen wolltest. 

Genieße diesen Frieden, dieses Licht und vielleicht werden wir uns irgendwann wiederfinden.

Adieu – Christine R.